Le Nouveau Testament bien entendu

Antoine Peillon
Simon Butticaz relit avec précision les textes du Nouveau Testament sur les questions qui fâchent.

Le Nouveau Testament sans tabous

de Simon Butticaz

Labor et Fides, 192 p., 18 €

Professeur de Nouveau Testament et de traditions chrétiennes anciennes à la faculté de théologie et de sciences des religions de l’université de Lausanne (Suisse), Simon Butticaz inscrit d’emblée son essai dans l’actualité où « le religieux interroge » et « inquiète aussi, lorsqu’il se radicalise et devient violent ». En réponse à cette inquiétude contemporaine, le spécialiste de Luc et des épîtres de Paul a décidé de formuler les questions qui fâchent, même si certaines ne sont pas nouvelles, et de les éclairer par « une lecture exigeante intellectuellement et socialement responsable ».

Chaque chapitre prend très au sérieux une grave interpellation : « Le monothéisme est-il intolérant ? » ; « Pourquoi le Nouveau Testament ne condamne-t-il pas l’esclavage ? » ; « Paul (était-il) l’ennemi des femmes ? » ; « Le Nouveau Testament (condamne-t-il) l’homosexualité ? » ; « Quelle espérance pour Israël ? », sous-entendu : « Paul était-il antisémite ? »… À chaque page la méthode est celle de l’exégèse la plus savante, tout en restant accessible « à un large public ». Dès lors, il apparaît que les soupçons, trop souvent devenus lieux communs de la culture moderne, relèvent du malentendu, de lectures approximatives, pour ne pas dire malveillantes, ou de confusions entre les évangiles apocryphes avec les Écritures canoniques.

Mais le résultat de ces « enquêtes » théologiques dépasse en fait leur motif initial. Au-delà de la rectification générale sur le message véritable des textes fondateurs du christianisme, quand nous les lisons replacés dans leur contexte historique et que nous écoutons le sens exact des mots, Le Nouveau Testament sans tabous offre une très heureuse occasion de ressourcer sa foi en comprenant enfin ce que nous hésitons parfois à éprouver complètement. Ainsi, le sixième chapitre consacré au « tombeau vide » de Jésus est une des plus claires et précises leçons, tout à la fois historiques et théologiques, sur le sens biblique de « corps » (sôma) aujourd’hui disponible. Pour le lecteur de ces pages, le mystère de la résurrection n’a alors plus rien d’impensable, ce qui n’est pas rien.